Ochoa par Debès
Thierry Debès, entraîneur gardien de l’AC Ajaccio, a eu Memo sous sa direction pendant deux ans. Après le match extraordinaire du gardien mexicain face au Brésil hier (mardi) en Coupe du Monde, « Titi » évoque son protégé qu’il compare à un diamant brut qu’il a largement contribué à façonner.
– Qu’avez-vous ressenti en voyant la prestation grandiose de Memo avec sa sélection mexicaine, hier soir, face au Brésil (0-0)?
Il n’y a pas de mot ! J’étais super heureux ! J’avais eu Memo par texto avant la rencontre et je lui ai dit : « tu as l’occasion de briller devant le monde entier ». Quel bonheur qu’il ait sorti un tel match face au Brésil ! J’ai ressenti beaucoup de joie et de plaisir pour lui.
– Sa prestation vous a-t-elle étonné ?
Je connais sa valeur de joueur et sa force mentale : dans les grands matchs, il ne déçoit jamais. Il est toujours meilleur quand le défi est élevé, il arrive à se transcender, c’est la marque de tous les grands joueurs. Il sait se métamorphoser, être toujours présent, au top. Donc je ne suis pas étonné. Je sais de quoi il est capable et, à Ajaccio, il nous a habitués à de telles performances.
– Vous avez entraîné Memo pendant deux ans. Que pensez-vous de lui ?
C’est un grand travailleur, toujours appliqué. Durant mes séances, j’essaie toujours d’apporter de la nouveauté dans les exercices et Memo s’est toujours montré réceptif à ce que je lui demandais. Il avait soif d’apprendre, de s’améliorer, toujours accompagné du souci de bien faire.
– Chacun s’accorde à dire qu’il a beaucoup progressé sous votre direction. Plusieurs fans mexicains ont même écrit sur la page officielle facebook de l’ACA qu’ils remerciaient le club pour avoir tant fait progresser Memo…
Quand il est arrivé, il était déjà félin sur sa ligne et possédait des qualités innées mais il avait tendance à jouer un peu trop bas. Il s’est bien adapté au jeu européen et il a énormément progressé dans l’analyse du jeu, le jeu au pied, la vitesse de déplacement. Hier soir, je l’ai vu sortir sur des ballons aériens très chauds contre le Brésil. Nous avions beaucoup travaillé là-dessus. Mais vous savez, Memo, il a une classe innée. J’ai simplement façonné un diamant brut. Tout le mérite lui revient. Ses progrès, il les doit à son travail, à son sérieux et à son exigence. Chaque matin, il venait une heure avant l’entraînement pour faire sa musculation. Chacun de ceux qui ont pu le côtoyer ont une petite part de responsabilité dans sa progression. Il n’y a pas que moi.
– Quel type de relation avez-vous avec Memo ?
Très particulière je dirais. Quand il joue, j’ai l’impression de ressentir tout ce que lui ressent. Je partage beaucoup de choses avec lui, comme avec mes autres gardiens. Je suis un amoureux de mes gardiens ! Nous échangeons beaucoup de textos et ce sera toujours une fierté de l’avoir entraîné. C’est quelqu’un de bien. Et même si un jour nos routes se séparent, le souvenir des moments partagés avec lui restera dans ma mémoire.
– Comment définiriez-vous sa personnalité ?
Il est extraordinaire. Demandez à n’importe qui au club, il a toujours été respectueux de tous et a énormément donné à l’ACA. C’est quelqu’un de très discret mais avec une grande force de caractère, c’est un gagneur. Il a ce côté « gentil garçon » mais quand il entre sur le terrain, il se transforme, surtout pour les grands rendez-vous comme je l’ai dit précédemment. C’est un compétiteur et un battant !
– Que pourriez-vous souhaiter à Memo ?
En France, il n’est pas reconnu à sa juste valeur, il est sous côté : par exemple, il n’a jamais été nommé aux trophées UNFP, c’est très injuste ! Je pense que ce match contre le Brésil va lui permettre de trouver un club à la mesure de son talent. Je lui souhaite le meilleur dans cette Coupe du Monde et pour la suite !
Propos recueillis par V.Cotoni
Photos P.Santoni, F.Lavis


